Lettre ouverte à mes camarades et amis de la France Insoumise

Chers camarades et amis,

Tout d’abord je souhaite vous dire que je ne suis pas allé boire un coup avec vous à la fin de la réunion de Samedi 10 Novembre parce que j’avais rendez-vous pour aller voir un film (Cold War, excellent film en noir et blanc sur la musique, l’amour et la politique que je me permets de vous recommander si vous ne l’avez pas déjà vu).

Je souhaite aussi vous dire que j’ai apprécié cette réunion qui a rassemblé pendant 3h la quasi intégralité des insoumis du département autour d’un thème qui les a intéressé, contrairement aux préjugés accusateurs et infondés d’Antoine, envoyé de PARIS à l’évidence pour la prendre en main. (Ce qu’il a d’ailleurs très bien fait immédiatement après la courte introduction de son papa, même si elle n’a pas pris la tournure qu’il avait espérée et tenté de lui faire prendre par son courriel préalable… Idem pour le compte-rendu qu’il nous en a envoyé, que je trouve presque parfait.)

Alors pourquoi ai-je pris cette décision de quitter le navire, bien que je sois d’accord avec vous sur deux points essentiels :

  • l’essentiel du Programme l’Avenir en Commun
  • et le profond désir d’en finir avec la vieille manière de faire de la politique, avec des partis qui consomment 80 % de l’énergie en interne et en utilisent bien trop peu en action ?

Je me propose de m’expliquer ci-dessous car il me semble que ce genre de décision le nécessite après quelques années de cheminement commun.

A ceux qui, [parfois à juste titre :||)…] estiment que j’écris trop et trop long, j’indique que notre émissaire parisien en a tartiné encore un peu plus dans le texte qu’il nous a suggéré de lire avant notre réunion. … Mais ce qui descend de PARIS est à coup sûr plus lisible et digeste que ce qui émane d’un incontrôlable « insoumis » d’en bas… J’espère que les événements à venir et des paroles libres venant de l’extérieur amèneront la FI à se régénérer pour construire, avec d’autres forces, un mouvement démocratique à même d’accéder au pouvoir pour transformer la société. (Peut-être les réunions départementales bi-trimestrielles décidées Samedi y contribueront-elles aussi ?…)

Certain que nous nous retrouverons dans les luttes sociales et dans des soirées-débat que les uns et les autres, nous ne manquerons pas d’organiser, je vous propose de me considérer encore comme un sympathisant et de continuer à m’inviter à vos diverses manifestations, tout comme de croire que je saurai choisir les bons bulletins de vote et que je n’irai pas me répandre dans les media qui aiment à taper sur la FI et JLM, quoique je me réserve la possibilité de communiquer cette lettre ouverte au sein de la FI et dans certains réseaux qui partagent la plupart de nos objectifs, même s’ils n’envisagent pas toujours de les atteindre de la même manière.

Cordialement, Patrick


Accords et désaccords :

Accords :

Tout d’abord, je reste d’accord sur l’essentiel du Programme initial (encore qu’il était amendable sur certains points importants comme l’Education, la 6ème République…) Ensuite j’ai pensé, concernant la décision de JLM de créer un nouveau mouvement en mettant sous l’étouffoir le Parti de Gauche et le M6R, qu’il avait eu assez rapidement la pertinente intuition que ces deux organisations étaient reparties sur les mêmes bases, avec les mêmes travers que les formes d’organisation qu’il appelait à abandonner, d’où sa décision unilatérale de lancer un « Mouvement » sans adhérent. J’ai donc pensé à ce moment et pendant un certain temps que c’était une bonne décision pour une période transitoire. Je m’y suis donc impliqué d’une part parce que j’ai bien compris de quelle analyse cela procédait et surtout parce que je pensais que c’était une forme adaptée à la conduite d’une bataille électorale : dans ces moments là, c’est la mobilisation de toutes les énergies pour l’action qui prend le pas.

Désaccords

Je ne suis donc aujourd’hui pas d’accord sur plusieurs points de la stratégie du Mouvement qui ont été décidés sans l’accord ni même l’avis de la base. (Or qui peut et doit valider un programme, une stratégie globale, éventuellement redéfinir certains objectifs si ce ne sont les membres du mouvement, sur proposition de la direction mais aussi éventuellement de la base elle-même) ?

Les changements de stratégie avec lesquels je ne suis pas d’accord :

  • La mise sous le boisseau du Plan B qui seul donne sa crédibilité au Plan A
  • La mise à l’écart, en position non éligible, de certains militants « historiques »
  • La composition de la liste pour les européennes avec quinze places réservées à on ne sait pour qui et attribuées sans avis de la base
  • La composition du collège électoral dirigé par un candidat pré-désigné pour être tête de liste
  • La décision sans discussion de faire de la campagne des européennes un référendum « antiMACRON »
  • L’adoption de la Théorie du « Populisme de Gauche » sans discussion et éducation politique à la base
  • Le flou sur les alliances politiques à venir, sans discussions non plus avec la base

Or, en cliquant sur oui au Programme et oui à la Charte, je n’ai pas cliqué sur « à partir de maintenant je donne mandat à la direction du Mouvement pour réfléchir et décider à ma place et j’accepte par avance toutes les décisions qu’elle prendra en matière programmatique et stratégique ».

Je ne suis plus d’accord non plus sur la persistance du mode de fonctionnement hyper centralisé et a-démocratique

Il fut adopté le temps de la bataille électorale mais il régit maintenant en permanence la vie de la France Insoumise :

Il résulte en effet de cela que ce Mouvement « gazeux qui n’a pas vocation à être démocratique mais collectif » (dixit JLM lui-même), dont un des axes de mobilisation est la lutte justifiée contre l’oligarchie qui nous gouverne est dirigé lui-même par …une oligarchie ! (Oligarchie : de « oligo » : petit, peu nombreux et de « arkhé » : fondement). L’oligarchie est une organisation de la société fondée sur un pouvoir procédant d’un petit nombre de dirigeants, qui peuvent être : les plus compétents, les plus savants (technocratie), les plus riches (ploutocratie) les plus vieux (gérontocratie). Et lorsque cette oligarchie est réduite à un seul homme il s’agit d’une Monarchie (mono : un seul), s’appuyant quand même sur une oligarchie (par exemple sur une aristocratie : aristoï : les meilleurs et cratos : le pouvoir).

Le point commun de toutes ces (y en a pas 50) nuances d’oligarchie, c’est que jamais elles ne procèdent du peuple (ce serait une démo-archie) exerçant lui-même le pouvoir (avec bien sûr des médiations décidées par lui-même) : ce serait la démo-cratie.

Le fonctionnement au quotidien de la France Insoumise (en général et au local) :

 

Nous avons donc à notre tête une oligarchie auto-cooptée et auto-proclamée, qui ne procède que d’elle-même et de son leader JLM : pas d’élection, pas de contrôle. Seulement quelques consultations dont les résultats eux-mêmes sont difficilement contrôlables et en tous cas laissés à l’appréciation de quelques oligarques en haut, sur leur nuage (le cloud, on dit, maintenant…) qui en tirent ce qu’ils veulent bien en retenir.

Je le répète : c’est acceptable en temps de bataille, d’action, mais, entre deux échéances électorales, un temps, une part de notre énergie, doivent être consacrés à cette invention qui était au fondement (arkhé) de la création de Parti de Gauche : inventer une nouvelle manière de faire de la politique, après deux siècles de pseudo démocratie représentative qui a toujours abouti à reconduire différentes oligarchies au pouvoir. En gros, depuis deux siècles nous avons eu la possibilité de choisir nous-mêmes nos oligarchies, de droite, de « gauche », du centre…

Le problème est qu’il nous est toujours répété (par notre oligarchie à nous) que nous sommes dans l’urgence de la bataille de la conquête du pouvoir, parce que le peuple souffre, que des gens meurent, que la laïcité est en danger, que les services publics ferment, etc… : donc, l’invention de cette nouvelle manière d’organiser et de diriger la société, on verra plus tard, quand on sera au pouvoir. « Le Programme ! Le Programme ! L’Action ! L’Action ! ». Il est vrai que tout ça prend du temps et qu’on va nettement plus vite en interdisant la discussion (les « palabres »).

Et comme nous sommes unanimes dans le rejet des vieilles formes d’organisation, ces formes rigides, bureaucratisées, « cristallisées » comme disait L. , bouffeuses d’énergie et génératrices de lutte des places en interne, nous nous contentons, pour une part d’entre nous, au moins provisoirement, de la forme gazeuse initiée par notre leader. Il est vrai qu’en vertu du principe « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » on y réfléchit à deux fois avant d’abandonner quelque chose qu’on a et qu’on connaît. C’est comme se passer du nucléaire et du diesel quand on n’a pas déjà de quoi les remplacer…

Mais d’un autre côté, le problème de l’action, surtout quand elle est efficace, c’est que si elle s’exerce dans une mauvaise direction, elle nous emmène d’autant plus vers la catastrophe, et cela d’autant plus vite et plus fort qu’elle est efficace.

Or je pense profondément que si nous nous contentons d’aller au pouvoir sans avoir inventé et expérimenté entre nous, sous les yeux de la population, une nouvelle manière de « faire société », nous ne pourrons que substituer une nouvelle oligarchie à la précédente (…si nous arrivons au pouvoir car il est fort possible que nous ayons fait fuir avant une bonne partie de nos potentiels partisans, faute d’exemplarité dans notre démarche…) Cette recherche et cette expérimentation de la démocratie « nouvelle » est donc tout aussi urgente que la bataille pour le pouvoir. Elle est à mettre au même niveau d’importance prioritaire, pour la survie et l’avenir de l’humanité que la lutte contre le changement climatique et la lutte contre les inégalités.

D’autant plus que la démocratie n’est pas un frein à l’efficacité ni un supplément d’âme, un luxe de perfection réservé aux « yakafokon » qui pinailleraient sans cesse et ainsi paralyseraient l’action. La démocratie en est au contraire la condition de l’efficacité dans la durée... On prend peut-être plus de temps au départ mais on le regagne très largement ensuite. Surtout si, comme le propose Ca. , on l’expérimente DANS l’action.

C’est très bien de coller des FI partout, de faire Equiden et le nettoyage de la ZAD pour qu’on nous voie à la TV, dans la presse, sur les Réseaux « Sociaux » et que ça fasse du « buzz » mais c’est d’une efficacité aussi éphémère que celle de la multitude d’évènements qui se succèdent à un rythme effréné dans les média et c’est du temps qui aurait pu être utilisé à la réflexion collective interne. Remplacer la démocratie interne par le buzz est un mauvais calcul d’efficacité.

Du temps perdu pour l’innovation :

Qu’avons nous fait en ce sens depuis les Législatives ?

Pendant cette période de plus d’un an que L. a qualifiée de « désert », quelle réflexion collective, quelle recherche de cette nouvelle forme d’organisation politique, de ces nouvelles manières de faire de la politique avons nous conduites ?

Aucune !

Et déjà, après cette année et demie de « désert » nous voilà re-mobilisés pour non pas une mais carrément deux échéances électorales : les Européennes et les Municipales. Et à nouveau, effectivement, le temps ne sera plus à la réflexion mais à l’action !

« Désert » est peut-être un peu exagéré : il y a tout de même eu la participation d’une équipe de la FI à l’EQUIDEN 2017 et le nettoyage de la ZAD. Nous aurions peut-être du plutôt monter une équipe de pétanque, car pour le lien avec le peuple ce serait plus rentable : il y a des tournois toute l’année et on peut y jouer partout tous les jours.

J’ironise un peu, car il y a eu participation à des luttes sociales mais ça nous le faisons tous depuis longtemps à la mesure de nos moyens (et sans qu’on nous y conduise « au fouet » d’un ton martial). Je veux dire simplement que cette recherche « fondamentale » d’une nouvelle manière de faire de la politique est toujours laissée à l’arrière plan et passe à la trappe parce qu’il y a « Le Programme ! Le Programme ! Et l’Action ! L’Action ! ». Chaque fois qu’on s’aventure à vouloir discuter justement du Programme et de la stratégie c’est « Le Programme ! Le Programme ! Et l’Action ! L’Action ! vous dis-je ! ». On se croirait dans une pièce de MOLIERE…

Ce que je crains, si nous poursuivons dans la direction prise, c’est que tous nos combats sur le terrain ne servent à cautionner aujourd’hui notre oligarchie dans son fonctionnement, et pire pour justifier ensuite l’application de ce fonctionnement à l’ensemble de la société. Je sais qu’à cette crainte il va m’être objecté : « 6ème République ! ». Je ne pense pas qu’on puisse envisager sereinement qu’un peuple (et j’y inclus ses intellectuels) privé d’éducation, de fonctionnement et de créativité politiques pendant tant d’années (et qui plus est y compris par la FI qui prétend conduire cette transformation ! ) puisse construire une société réellement démocratique ? (Et ce, hormis le fait que j’estime que le mode d’installation de la Constituante, tel qu’il est actuellement envisagé, ne pourra pas déboucher sur du nouveau…)

C’est de cette auto-éducation politique par la pratique, par l’expérimentation au sein du mouvement et dans notre pratique même que nous nous sommes privés ces derniers mois. Pour ma part je dirais même que nous nous en sommes privés depuis les dix années qui viennent de s’écouler parce que j’ai commencé à suivre JLM dès 2008-2009, puis à adhérer au PG parce qu’il se définissait comme un « parti-creuset » qui s’était défini comme ayant vocation à se dissoudre dans un alliage de type nouveau (je dis bien alliage et non alliance comme ce fut le cas avec le Front de Gauche) qui ré-inventerait la politique et la démocratie.

J’y insiste : le risque de continuer dans la direction actuelle est de nous retrouver dans la situation du BRESIL, du VENEZUELA, où, après que le peuple ait voté massivement pour un leader ô combien charismatique, il vote maintenant pour BOLSONARO ou sombre dans le chaos. Je sais on va me répondre que c’est pas pareil là-bas que chez nous… C’est vrai, mais on devrait quand même y penser…

Plus près de nous il y a tout de même, toutes proportions gardées, l’expérience du PS à qui le peuple a permis de concentrer entre ses mains TOUS les pouvoirs dans QUASIMENT TOUTES les institutions et Collectivités Locales et n’a pas conduit les transformations nécessaires et attendues. Et avec quel résultat ? Son écroulement rapide et spectaculaire (comme celui du bloc soviétique en 89) et la recherche d’un nouveau sauveur que la majorité du pays a cru trouver en ce brillant et jeune homme qu’est MACRON …qui lui aussi leur a dit qu’il allait rénover la politique en clamant : « A bas les vieux partis dont plus personne ne veut » et « Finies la droite et la gauche ». …Et a lancé un mouvement tout aussi gazeux que le nôtre (mais avec plus de pognon) fonctionnant comme UBER, AMAZON ….et nous, la FI ! à partir d’une « Plateforme » incontrôlable et incontrôlée par la base, tout là-haut là-bas dans le nuage.

Sur la question du leadership de JLM, en relation avec le fonctionnement et la structuration de la France Insoumise :

Les humains aiment et ont besoin de figures d’identification et de ralliement autant que de moments chaleureux de communion (sans doute parce qu’ils sont des mammifères grégaires et doués de la faculté émotive). Il n’y a qu’à voir les matchs de foot (et de rugby!) les foules aux concerts de certaines stars, les rassemblements religieux.

Certaines époques historiques nécessitent que certains grands hommes (ou femmes) politiques (des DE GAULLE, Napoléon, CHURCHILL… MELENCHON), sachant prononcer avec talent les bonnes paroles au bon moment, rendent ce service à leur collectivité, qui consiste à la rassembler en faisant converger vers eux l’énergie de tous, pour la ré-investir dans une action collective dont ils prennent la direction, entraînant derrière eux les masses, leur permettant de surmonter les doutes, les peurs, les obstacles.

Le problème est que ces grands hommes (ou femmes) continuent souvent à utiliser le carnet de chèques en blanc qui leur a été confié transitoirement par le peuple et que ce dernier, en admiration et en confiance, leur laisse le chéquier. Or, comme plusieurs d’entre nous l’ont fait remarquer, même les grands hommes sont et restent des êtres humains et ne font pas toujours, en permanence, des choses parfaites.

Le résultat est trop souvent que toute critique à l’égard de leurs inévitables et humaines erreurs soulève immédiatement une vague d’indignation d’une partie des admirateurs et de l’entourage rapproché (et pas toujours désintéressé) du grand homme (ou femme) et le risque (au carré) de cela est que les grands hommes (ou femmes), baignés en permanence dans cette atmosphère d’approbation inconditionnelle de ce qu’ils décident, perdent alors la juste perception des conséquences de ce qu’ils font et se mettent à accumuler les erreurs qu’on leur passe trop longtemps avant que l’on se décide à réagir (la plupart du temps trop tard…). Il est donc hautement nécessaire qu’un régime et des habitudes démocratiques soient profondément ancrés dans la collectivité.

Ce phénomène, humain s’il en est, n’est pas encore trop grave lorsqu’on vit en pseudo-démocratie représentative puisqu’on pourra alors choisir une autre oligarchie « moins pire » pour remplacer celle en place. Mais quand ce chéquier en blanc est parfois confié à un autre type de « grands hommes » (plus rarement des femmes…) : des STALINE, MAO, HITLER, PETAIN, POL POT, TRUMP, ORBAN, DUTERTE, etc. il est un peu plus difficile de le leur reprendre et les conséquences sont tout autres… Et ce sont pourtant le même peuple et les mêmes intellectuels qui changent de bulletin de vote pour que cela arrive.

C’est pourquoi c’est le même peuple (en des circonstances historiques différentes) qui pourra chanter « Ni Dieu, ni César ni tribun » puis « Maréchal, nous voilà ! ». Car cela se produit toujours à partir du même « mécanisme » humain de besoin d’identification à une figure de ralliement et de besoin de chaleur émotive dans la communion de groupe.

Ce « mécanisme » n’est ni bon ni mauvais en soi, il est humain, il existe depuis toujours et continuera éternellement, tout au moins tant que nous demeurerons des mammifères grégaires.

Donc, pour en revenir à notre leader et sur l’émotion de « colère altruiste » qui l’a saisi lorsqu’il a appris que 15 de ses camarades étaient aussi perquisitionnés, je considère que, toute légitime qu’elle fut, elle a, qu’on le veuille ou non, été hyper contre-productive puisque c’est bien elle qui a donné prise à ce déchaînement des médias. Je persiste à penser que la reproduction de son attitude lors de la perquisition précédente, à son domicile personnel, lui aurait assuré sinon le soutien mais à coup sur la neutralité bienveillante de 80 % de la population, qui n’aurait pu que désapprouver une telle méthode parce qu’illégale (interdiction d’assister à la perquisition).

Certains m’ont répondu : « Mais c’est un humain, il a le droit d’avoir des émotions de colère ». Mais ceux-ci confieraient-ils leur carcasse à un chirurgien qui serait si humain et ému par le sort et la douleur des gens qu’il opérerait, qu’il en tremblerait d’émotion à chaque intervention ? Ne pensez-vous pas qu’un tel chirurgien devrait immédiatement se voir confier un poste de « simple » médecin, pour son bien comme dans l’intérêt de l’établissement qui l’emploie et de la collectivité ?

Avons nous envie de confier le sort du mouvement et du pays à un homme qui se contrôle aussi mal ? Pitié ! Ne nous infligeons pas un TRUMP de gauche (même populiste de gauche) en France !

Certains (les mêmes) ont ajouté que cette réaction a au contraire beaucoup plu dans les milieux populaires qui apprécient qu’on sache taper du poing sur la table et contrevenir quand il le faut aux « bonnes manières » plus policées (et aux pudeurs de gazelle aussi sans doute?) d’autres milieux moins populaires. Mon analyse serait fausse et mes craintes infondées parce que je ne fréquenterais pas les « bons milieux », et pas assez ce peuple que certain(e)s semblent si bien connaître et fréquenter assidûment.. ; Soit. Admettons… Mais il sera bien avancé le Peuple au verbe dru, aux poings virils et aux colères si spontanément saines, s’il lui manque, pour arriver enfin au pouvoir, quelques centaines de milliers de voix des intellectuels délicats (les « parfumés » que notre clairvoyant leader aime tant à railler ?…) qui n’approuvent pas certains comportements du Leader Maximo. …On a vu ce que ça pouvait donner en d’autres époques que d’opposer ceux qui méritent de faire partie du peuple à ceux qui ne le méritent pas… Il est arrivé qu’en bas de cette pente glissante on trouve des camps ou des stages longs de rééducation à la campagne…

Placé en situation de dialogue conflictuel avec un contradicteur, titillé par un journaliste (animé par de plus ou moins bonnes intentions, là n’est pas le problème) notre chef ne tient pas assez souvent le coup et s’emporte ou fait preuve de mauvaise foi (ou fait semblant de s’emporter pour lancer un message au Peuple : « Hein, vous avez vu comment moi je les casse, les codes de bonne conduite des médias ? ». Je n’exclus d’ailleurs pas totalement qu’il en ait été de même lors de la perquisition).

Mais certaines paroles sont catastrophiques : qu’ils puissent dire en tête à tête à Pierre LAURENT et à son staff lors d’une réunion « au sommet » : « Vous êtes le parti de la mort et du néant », ne me dérange pas outre mesure mais qu’ils balancent cela en public, ça devient une insulte crachée à la face de milliers de militants et d’électeurs, parmi les plus actifs de notre camp (quels drapeaux voit-on en quantité lors des manifs?) et cela aura des effets totalement contre-productifs en termes de résultats électoraux futurs.

C’est pourquoi je vous ai proposé de demander que JLM se démette ou soit démis de sa fonction actuelle et se voit confier celle de « chef » des orateurs nationaux de la FI, où il excellera comme il l’a fait jusqu’ici, ce qui lui a permis (avec le Programme initial de l’Avenir en Commun) d’entraîner des millions de français derrière lui.

A moins que vous ne pensiez que le Peuple et la FI pourront conquérir tout seul le pouvoir, sans les voix des « gazelles démocrates parfumées », (ou que les autres courants et électeurs de gauche se rallieront de toute façon, bon gré mal gré, à la FI, aux seconds tours des élections à venir cf. le PS…) il vaudrait mieux assumer cette responsabilité collective de lui confier une autre fonction. J’y insiste en effet : il est de la responsabilité collective, et non pas seulement de la responsabilité personnelle des individus concernés, de placer les gens aux fonctions qui correspondent à leurs qualités. Nous n’avons pas à être contraints d’excuser systématiquement le chef pour ses « petites erreurs bien humaines » et continuer à nous en remettre totalement pour le reste à ses brillantes compétences mais à mettre les bonnes compétences aux bonnes places ET à les contrôler démocratiquement.

Les pistes de solutions envisageables :

Les êtres humains, ne sont pas seulement équipés de la faculté émotive et grégaire, ils sont aussi, « en même temps », en plus, TOUS (plus ou moins) équipés d’une très forte aspiration individualiste mais aussi collective, à la Liberté (qui n’est pas pour rien dans notre devise républicaine), à l’autonomie, à se gouverner soi-même, en un mot, pour faire simple : à l’AUTOGESTION.

Cette aspiration est plus ou moins favorisée et encouragée selon les cultures, les milieux, les éducations, les sociétés, les institutions.

Tout comme le besoin de communion et de chaleur dans le groupe, elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi, elle est humaine. Elle peut en effet être dévoyée en individualisme égocentré (moteur de l’accumulation capitaliste) comme promue en son contraire : l’autonomie dans l’interdépendance solidaire.

Chaque humain est tout à la fois : égocentrique ET altruiste, grégaire ET individualiste, crédule, superstitieux ET critique, émotif ET rationnel, désintéressé ET calculateur, dépendant ET autonome, lucide ET capable d’auto-aveuglement (cf. Edgar MORIN, C. CASTORIADIS ou F. LORDON) C’est chaque fois un dosage différent pour chaque individu, dosage qui évolue tout au long de sa vie en fonction de son éducation, de ses expériences, des institutions sociales qui, selon les sociétés et les époques historiques, valorisent et encouragent plus ou moins ou au contraire réfrènent et répriment, telles ou telles de ces tendances innées et naturelles. Il en est de même, dans une certaine mesure, pour les collectifs.

Or je ne crois pas me tromper en affirmant qu’une des valeurs, un des objectifs qui nous rassemblent est de concourir à la construction d’une société dans laquelle s’équilibrent le collectif, le bien commun et l’individu émancipé, l’altruisme et l’autonomie individuelle.

Cela paraîtra peut-être ringard aux yeux de certains, (pour la France ça remonte aux années 60-70 et on n’en a plus entendu parler après 81), ou utopique et idéaliste aux yeux de certains autres (vu que ça n’a pas encore marché complètement à l’exception de ses débuts en Yougoslavie et des SCOOP un peu partout) mais je continue de penser qu’il nous faut inventer une société de type autogestionnaire et que c’est bien la pratique de la démocratie qui seule permettra de la faire fonctionner correctement parce qu’elle en est le fondement (arkhé) essentiel.

C’est bien pourquoi je vous ai demandé, au cours de la réunion de Samedi, d’envoyer « au nuage » une demande d’engager vraiment la transformation démocratique de la FI. Il s’agirait à mon sens de commencer par développer une démarche de recherche collective sur de nouvelles formes de démocratie et d’en faire l’apprentissage en interne.

Cela pourrait commencer tout simplement et banalement par :

  • L’obligation pour « le nuage » de faire valider toutes ses décisions stratégiques et programmatiques par la base
  • La tenue plus fréquente et plus régulière des Assemblées Représentatives (à ma connaissance aucune ne s’est encore tenue)
  • Une utilisation plus démocratique, horizontale et verticale de la « Plateforme ».

Et se prolonger par :

  • L’arrêt des consultations à base de questions formulées pour obtenir des scores approbateurs « soviétiques » (cf. la Convention de CLERMONT-FERRAND)
  • L’arrêt du bidonnage des synthèses des contributions via la Plateforme en général et de la Boîte à Idées en particulier
  • L’arrêt de l’auto-promotion médiatique autour du chiffre de 500 000 membres (si on se livre au calcul purement indicatif et non scientifique du nombre de militants de la FI en prenant comme base le nombre de 24 participants à la réunion de Samedi -en enlevant les deux parisiens- on obtient, en rapport de la population de l’Indre à celle de la France : 7000 militants)
  • Être un peu plus réceptif aux critiques internes à notre camp (je me suis laissé dire que des électeurs mélenchonistes marseillais que j’ai rencontrés il y a deux ans ont aujourd’hui un jugement 1000 fois plus sévère que le mien sur JLM -et je ne parlerai pas des conditions plus que douteuses de la candidature de Bastien LACHAUD, imposée par le sommet en région parisienne…)
  • En finir avec l’opposition systématique entre les intellos qui auraient du temps et un capital culturel tels qu’il leur est facile d’asseoir leur pouvoir sur les militants populaires courageux qui s’activent à la base et n’ont pas de temps à perdre dans des « palabres » : qui, sinon d’autres intellectuels du nuage, décide d’adopter sans consulter le terrain des théories du genre « Populisme de Gauche » ? N’exercent-ils pas, de fait, un pouvoir sur les petites mains qui collent et diffusent pour eux et font même des Equiden pour assurer la visibilité des projets décidés dans le nuage ? ⇒ L’invocation du « L’invocation du « capital culturel » des intellectuels les avantageant par rapport aux milieux populaires, fondée sur un constat qui se veut imparable, est aussi une tactique, grossière, bien connue et passablement éculée, parfois utilisée par des intellectuels au pouvoir qui, faisant ainsi mine de défendre les intérêts de leur bon peuple, « moins cultivé », dézinguent à ses yeux d’autres intellectuels qui s’avisent de les contester. Qu’on soit du peuple ou intellectuel, la question est de concevoir un fonctionnement démocratique permettant à tous de participer à l’élaboration d’un projet commun et de se l’approprier.
  • Faire attention à certaines « méthodes » ou techniques de management censées permettre d’éliminer la bureaucratie et pouvoir inspirer le fonctionnement des organisations politiques avec une efficacité merveilleuse, comme par exemple la Sociocratie. Elle est utilisée dans certaines entreprises et je sais qu’elle est fort prisée par certain mais, lorsqu’on y regarde d’un peu plus près, elle s’avère être, sous couvert de l’apparence d’une pratique quasiment auto-gestionnaire, une redoutable machine anti-syndicale de gestion patronale et managériale. Elle est en réalité plus perverse encore que le système VOLVO-TOYOTA qui semble inspirer l’organisation en Groupes d’Action : « Organisez-vous à la base comme vous voulez, du moment que vous faites ce qu’on vous dit. Boîtage, collage, porte à porte, Equiden ou pétanque, peu importe, c’est vous qui décidez, du moment que vous diffusez le Programme que nous avons modifié sans vous demander votre avis. Ne perdez pas trop de temps à vous réunir localement, entre Groupes d’Action : agissez sur le terrain dans votre groupe d’appui. » Ma grand-mère qui était une maline, ne me demandait jamais l’hiver si je voulais sortir couvert ou tête nue pour aller jouer avec les copains, elle me demandait si je préférais une casquette ou un bonnet…

Si un certain nombre de cadres de la FI ont récemment pris des distances avec la FI pour créer un réseau d’échanges visant à « Préserver le programme l’AEC », c’est tout autant pour ces raisons de méthodes de direction que pour cause d’abandon de certains points cruciaux du programme. (Il est par ailleurs intéressant de noter que les nouveaux arrivants (sans qu’on nous ait demandé notre avis) E. MAUREL et M.N. LIENEMANN, ont pris soin de créer leur parti avant de rejoindre la FI.)

Si un certain nombre de cadres de la FI ont récemment pris des distances avec la FI pour créer un réseau d’échanges visant à « Préserver le programme l’AEC », c’est tout autant pour ces raisons de méthodes de direction que pour cause d’abandon de certains points cruciaux du programme. (Il est par ailleurs intéressant de noter que les nouveaux arrivants (sans qu’on nous ait demandé notre avis) E. MAUREL et M.N. LIENEMANN, ont pris soin de créer leur parti avant de rejoindre la FI.)

 

Pourquoi j’arrête :

 

Alors pourquoi je quitte le mouvement après avoir provoqué une réunion qui de l’avis général a été utile et qui m’a permis, selon certains, de dire ce que j’avais sur le coeur ? Pourquoi partir après avoir fait des propositions concrètes que je devrais logiquement et constructivement continuer à défendre en interne pour les promouvoir ?

Je pars parce que j’ai retiré de cette réunion le sentiment que « c’est foutu » à court terme. C’est trop mal barré.

Je ne peux envisager que cette réunion ait servi « à se dire ce qu’on a sur le coeur », à effacer tout et à continuer comme avant.

Je ne souhaite pas non plus, dans ce contexte, en continuant à participer, cautionner un fonctionnement que je n’approuve pas et que je n’imagine pas changer suffisamment tôt (même si, je le répète et je le souligne, je reste d’accord sur beaucoup de points du programme de la FI).

J’ai bien noté qu’autour de la table un certain nombre d’entre nous étaient d’accord sur le fait qu’on ne peut se permettre de mettre au congélateur la démocratie en attendant d’avoir conquis le pouvoir, et qu’elle est du même niveau d’urgence que l’action quotidienne et que son efficacité. Comme l’a dit (V. me semble-t-il) : « La démocratie, ça prend du temps mais c’est aussi une forme d’éducation politique ». J’ajoute : Raison de plus pour commencer tout de suite ! D’autant plus qu’une organisation politique qui se veut de masse comme la FI (et encore plus une société tout entière) ça ne change pas de cap d’un seul coup sur un simple coup de guidon. Ça se manœuvre plutôt comme un paquebot : faut s’y prendre un peu à l’avance sinon c’est le Titanic.

Nous sommes donc condamnés à faire « EN MÊME TEMPS » (désolé…) ET l’action ET l’invention d’une forme de fonctionnement démocratique qui nous convienne.

Pour reprendre à nouveau l’image de L. sur le gazeux et le cristallin, je citerai le titre d’un bouquin du Professeur Henri ATLAN (que j’avais fait venir jadis à CHÂTEAUROUX pour une soirée débat) : « Entre le Cristal et la Fumée ». Pour faire court, il explique qu’entre les formes évanescentes ou cristallisées de la matière, il y a LA VIE, à la fois fragile et super costaude, qui a la faculté de se reproduire, de s’adapter, de se ré-inventer. Ce que ne permettent pas les deux autres formes : ni la bureaucratie, qui s’écroule d’un coup lorsqu’elle ne peut plus s’adapter, ni le mouvement gazeux de la FI qui, derrière l’apparente évanescence démocratique du mouvement brownien de ses Groupes d’Action, cache, tout là haut dans le nuage, un QG centralisé, verticalisé et rigidifié.

Or j’ai retiré de notre réunion le sentiment que la FI n’est pas près de s’engager dans cette voie. La majorité d’entre nous restons crispés, sur une défense rigide et même chez certains, sectaires, de l’existant (au nom de l’urgence bien évidemment!) :

⇒ « J’ai quand même vu et entendu J.L. me dire, les yeux dans les yeux que la synthèse des contributions de la Boîte à Idées (sur les améliorations à apporter pour plus d’efficacité du Mouvement) reflétait bien son contenu alors qu’il ne les avait pas lues ! Et se permettre d’ajouter par rapport à l’analyse de contenu quantifiée que j’en avais faite : « Les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut ! ». Difficile de faire plus en matière d’auto-aveuglement !

⇒ « J’ai quand même entendu Antoine me dire en toute fin de réunion que des adhésions à la FI ne serviraient à rien car la démocratie ça ne fonctionne pas et que oui, bon, il avait encore une carte au PG mais que bon… (Cela après avoir entendu Ay. nous avouer, en réunion du PG quelques semaines auparavant, qu’il n’avait plus fréquenté le Conseil National, où il était mandaté, depuis deux ans ! et ne nous avoir pratiquement jamais réuni sauf la dernière fois sur ma demande in extremis, pour respecter le fonctionnement statutaire).

⇒ « J’ai quand même été censuré sans explications par ma responsable de Groupe d’Action (par ailleurs remarquable militante très active) sur une demande de transmission de message et ce malgré une proposition de cassecroûte d’explication conviviale proposée par elle-même et déclinée par elle-même. Responsable qui me reprochait d’envoyer trop de messages alors que dans la même période j’en recevais le double d’elle !… (Et, oui, parfois il faut compter pour sortir de la subjectivité). Attention donc à l’exercice de cette responsabilité de filtrage des courriels qui peut prêter à la tentation de censure sur des critères arbitraires au motif de « limiter la discussion, privilégier l’action ».

⇒ « J’ai quand même été censuré dans la tâche qui m’avait été confiée en Septembre 2017 et validée par l’ensemble des membres présents, d’élaborer un programme de soirées débats pour la FI départementale. J’avais donc organisé 6 soirées-débats. Il m’a rapidement été demandé par Ay. et G. de créer un groupe spécifique et de le faire certifier. J’ai accepté bien que cela ne me semblait pas d’une utilité évidente : le cadre du Groupe « Educ Pop », dont l’intitulé à lui seul justifiait que cette tâche entrât dans son activité ordinaire, me semblait ne pas justifier la création d’un groupe supplémentaire. G. l’a cependant créé, nous étions donc trois. Lorsque j’ai proposé d’inviter Christophe AGUITON, autour de son bouquin « La Gauche du 21ème siècle » j’ai reçu immédiatement un veto de mes deux coéquipiers au motif que C. AGUITON n’était pas partisan du « Populisme de Gauche » et que les soirées débat de la FI devaient avoir pour vocation de diffuser les positions de la FI et d’y faire adhérer. Comme ce n’était pas ma conception d’une attitude de recherche et de réflexion sur de nouvelles manières de faire de la politique, je leur ai laissé les rênes de ce nouveau Groupe d’Action…

⇒ « Cela n’a fait bondir pratiquement personne autour de la table, Samedi, d’entendre qu’une boîte à idées censée recueillir les propositions d’améliorations d’un Mouvement censé compter 500 000 membres, n’a recueilli que 203 contributions ! (dont quelques une des mêmes personnes, ce qui entame la crédibilité de l’opération) ! Soit 0,4 pour mille !, De quoi se poser la question : est-ce qu’il y a 499 797 membres pleinement satisfaits ou 499 797 membres qui ont depuis longtemps compris que ce genre de boite à idées ne sert strictement à rien ? La seconde option semble la plus pertinente si l’on considère que la synthèse, édulcorée, ne reflète pas la forte demande de démocratie interne. D’ailleurs la méthode utilisée montre que la direction elle-même se fout complètement du contenu … Alors : une Plateforme pour faire remonter les idées de la base ? Vraiment ?

J’ai constaté qu’une bonne partie des « Insoumis » sont tellement obsédés (à juste titre) par les excès de parlottes et de magouilles pour les luttes de pouvoir internes des « vieux » partis, qu’ils tombent à tort dans l’excès inverse qui leur fait fuir la discussion et la réflexion collective et s’investir presque exclusivement dans l’action. Ils (elles) apprécient surtout la liberté d’action que leur confère le fonctionnement de la FI, comparativement à celui d’un parti classique, dont ils (elles) se croient émancipé(e)s. Mais comment ne se rendent-ils (elles) pas compte qu’elle n’est que l’illusoire liberté de l’auto-entrepreneur face à UBER ou du franchisé face au franchiseur ? Le résultat fort problématique de cela est que toutes les actions, et ce d’autant plus qu’elles sont nombreuses et efficaces, cautionnent un fonctionnement qui n’est pas démocratique et une ligne qui fluctue (voire dérive) sans contrôle ni validation de la base, au gré des volontés de l’oligarchie dirigeante tout en haut là-bas sur son nuage.

Tout cela me fait conclure que la FI ne pourra pas, dans des délais raisonnables, évoluer d’elle même de l’intérieur et qu’il est préférable que je reprenne une position de recul et une plus grande liberté de penser et de m’exprimer, pour pouvoir promouvoir, dans d’autres cadres, sous d’autres formes, l’idée autogestionnaire qui me semble devoir être à la base de la société future à construire. Autogestionnaire aussi bien au niveau : – de l’économie, dans les entreprises (pour les sceptiques, le taux de réussite des SCOOP est très supérieur à celui des entreprises capitalistes classiques) – que de l’administration des services publics, (Le statut des SCIC pourrait servir de base) – et que de la politique (à nous de l’inventer) – voire même de la vie personnelle (l’éducation nous apprend beaucoup trop soit à être en compétition les uns contre les autres, soit à nous en remettre aux « sachant », compétents, experts, technocrates, spécialistes de tous poils… dont nous devenons dépendants. L’éducation à la finlandaise peut elle aussi servir de repère) .

Et cela devrait commencer par le fonctionnement de la (ou des) organisation(s) politique(s) qui aspire(nt) à transformer la société.

Il est vrai qu’après 200 ans de pseudo-démocratie représentative bourgeoise, gérée par des oligarchies successives plus ou moins ploutocratiques et après 70 ans de socialisme oligarco-bureaucratique plus ou moins stalinien, inventer une forme de démocratie vivante, équilibrée « entre le cristal et la fumée », entre l’individu et le collectif, c’est pas évident, mais c’est comme la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités sociales : on n’a pas le choix, c’est tout aussi urgent, si on veut éviter pour bientôt un monde à la BOLSONARO (nous avons notre Bolsonarine à la maison) ou pire, à la Mad MAX.

Loin de se diriger dans cette direction la FI persiste dans un modèle « d’Église Catholique 3.0 » avec un prophète ô combien talentueux, une poignée de disciples, un régiment d’évêques (dont certains commencent à faire sécession), et tout en bas la multitudes des petites bulles de fidèles autour de leurs petits curés de campagne. Entre les deux niveaux une Plateforme à la UBER qui, contrairement aux logiciels libres n’est pas contrôlable et appropriable par ses utilisateurs : à la FI comme chez UBER si t’es vraiment pas content, t’es déconnecté. Les petites bulles des fidèles du mouvement gazeux ont le droit de se faire la messe en latin ou en français, de dos ou de face aux fidèles, d’organiser la charité comme elles le souhaitent et de faire la kermesse, la colo de vacances ou le voyage à LOURDES mais pas de revoir l’Évangile qui a été écrit une fois pour toutes dès les origines et que seul l’oligarchie a le droit d’interpréter de temps en temps quand ça lui prend.

 

…Et les petites bulles isolées pétillent de moins en moins…

 

4 Commentaires

  1. Olivier Delorme

    Bonjour,

    Serait il possible d avoir un peu plus d info sur les personnes comme Patrick, qui ecrivent ces postes. Cela serait appreciable de savoir qui sont les auteurs des articles publies.

    Merci

    Olivier

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    1. L'équipe de Préservons l'Avenir En Commun (Auteur de l'article)

      Cher Olivier,

      Si notre plateforme respecte la liberté d’expression de chacun, elle respecte aussi la posture de certains contributeurs qui souhaitent publier de manière anonyme. Par ce choix, l’expression est d’autant libérée, sans contraintes. Une protection qui permet non seulement de se préserver en tant qu’auteur, mais qui permet également de préserver sa vie privée, celle de sa femme et de ses enfants. Il est bon de rappeler que sur les réseaux un très grand nombre se couvrent derrière un nom d’emprunt « un pseudo » garantissant de fait l’anonymat. Ce droit à l’anonymat sur les réseaux et d’une manière générale sur internet, est une grande avancée dans la défense des libertés. Enfin, l’expression de la démocratie par « le droit de vote » ,ne s’exerce t-elle pas pour tous les citoyens, de manière anonyme?

      L’équipe de préservons l’avenir en commun

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  2. Joao Rendas

    Merci Patrick, pour cette longue mais très claire lettre. Je l’ai lu avec le sentiment que je trouvais là ce que j’essaie d’exprimer depuis longtemps pendant les réunion de notre GA (Nice). Je partage l’analyse, le constat de déception, de perte de sens de l’engagement politique, l’impossibilité de discuter de tout ce qui n’est pas bassement organisationnel, et… surtout, ce fonctionnement oligarchique de notre « national », qui reste aussi gazeux que le mouvement, avec un mépris réel de l’intelligence et des opinions de sa base.
    C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai décidé de faire une pause de ma participation aux réunions de la FI. Après être obligée d’accepter que la majorité de mon GA pense que les questions que je soulève ne méritent pas discussion. Je veux dire même pas le temps de me montrer que mes analyses sont mauvaises, biaisées, partiales, que j’oublie de prendre en compte certains aspects… Juste un « circulez, il n’y a rien a signaler ».
    Espérons que ce site contribue à faire fédérer tous ceux qui ont envie d’une FI plus vivante et démocratique.

    J.

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  3. Jean-Pierre Boudine

    C’est effectivement beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long. Je pense que nous avons intérêt à nous concentrer sur l’essentiel : la démocratie dans le mouvement. C’est la seule voie pour redresser la barre. Que, tout simplement, il y ait des statuts, des adhérents, que les GA élisent leurs délégués en chaque occasion, qu’ils élisent les « orateurs » et « dirigeants nationaux ». Qu’ils débattent et votent sur les orientations, dans les GA et dans de vrais congrès. Qu’on ne me parle pas de tirage au sort !!!
    Ces dirigeants, élus, auront alors le poids nécessaire pour équilibrer la légitimité de Jean-Luc Mélenchon et constituer un vrai COLLECTIF équilibré, ce qui rendrait mille fois moins dommageables les inévitables dérapages de Jean-Luc.
    Dans l’état actuel des choses, celui qui a un désaccord, petit ou grand, ne peut faire qu’une seule chose : prendre la porte.

    Répondre

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