Les objectifs de notre réseau de réflexion militant

Voilà plus d’un mois que le bruit et la fureur des perquisitions visant la France Insoumise et ses principaux responsables et collaborateurs sont retombés. Cependant, l’onde de choc a été considérable et continue de travailler en profondeur le monde des militants et des sympathisants. On aurait pu croire qu’une telle crise soit salvatrice et conduise les leaders à opérer un examen de conscience et une révision stratégique. Las, nous assistons à l’exact contraire : c’est plutôt une fuite en avant qui se déroule sous les yeux de plus en plus inquiets des insoumis. Le fonctionnement paranoïaque de l’état-major est à son acmé. Toute critique interne est immédiatement taxée de dissidence et conduit à l’ostracisme. Comme si le mouvement gagnait en force à mesure qu’il s’épure.

 

Les décisions sont plus que jamais monopolisées par une poignée de dirigeants.  Les insoumis voient les directives tomber de Paris, et, parfois, assistent à des parachutages au mépris du vote de la base. Les défections se multiplient au sommet comme à la base. Après le lancement de l’appel « Préservons l’avenir en commun », qui a connu un grand succès avec près de 8000 abonnés au site et 150 signataires, Sarah Soihili a rejoint le mouvement Génération.S de Benoît Hamon. Corinne Morel-Darleux vient de quitter le Parti de Gauche. Charlotte Girard, égérie du mouvement lors de la campagne des Présidentielles de 2017, a préféré jeter l’éponge pour des motifs certes en partie personnels, mais aussi pour cause d’insatisfaction à l’égard du fonctionnement de FI. On se souvient en effet que celle-ci, pressentie pour être tête de liste aux européennes, avait appris la nomination de Sophia Chikirou comme directrice de la communication par voie de presse… Au-delà des questions personnelles, cette mise en retrait est symptomatique du déclin de la réflexion programmatique au profit des coups politiques et du buzz médiatique. On a d’ailleurs appris, à la suite du ralliement négocié en secret de l’aile gauche du PS (Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienneman), que le programme L’Avenir En Commun (LAEC) serait renégocié en 2021, à la veille donc des échéances présidentielles. Quel aveu ! Entre juillet 2017 et 2021, LAEC n’est donc plus appelé à évoluer, s’affiner, s’enrichir grâce à la mobilisation des citoyen.ne.s.

 

LAEC n’est plus qu’un Totem autour duquel doivent communier les croyants. Un texte sacré dont un tout petit clergé a le monopole de l’interprétation. Celles et ceux qui s’aviseraient de remettre le métier sur l’ouvrage seraient immédiatement excommuniés. Raison pour laquelle les intellectuels et les chercheurs désertent un mouvement qui a cessé de réfléchir. Le groupe parlementaire fonctionne en vase clos, absorbé par la politique institutionnelle. L’état-major a les yeux rivés sur les échéances électorales.

 

Si la démocratie interne est piétinée et la réflexion gelée, au moins les considérations d’efficacité électorale devraient primer, puisque FI apparaît de plus en plus comme une machine à conquérir des postes au profit d’une poignée de « happy few » cooptés. Il n’en est rien. Les sondages portant sur les intentions de vote pour les européennes annoncent la liste FI entre 9% et 10%. Nul doute que ces chiffres sont optimistes car les initiatives fleurissent à la gauche du PS. Surtout, l’électorat de FI se démobilise. 18% de participation lors du premier tour des législatives en Essonne, pour un score de 18% pour la candidate FI, 12 points derrière le candidat de Valls ! Il n’y aura aucun sursaut de participation au second tour et Farida Amrani sera sévèrement battue de 20 points au second tour malgré le soutien de cinq députés insoumis de poids. De tels chiffres devraient provoquer logiquement un sursaut au sommet de FI : « Et si on faisait fausse route ? ». Que nenni. Ou plutôt que de déni. Car certains porte-parole relativisent immédiatement : « notre électorat est difficile à mobiliser ». Certes. Mais, comme l’ont montré les Présidentielles, il est possible de le mobiliser à condition de privilégier le travail de terrain, les actions locales par et pour les idées, l’éducation populaire. A force de faire de la politique comme les autres partis, FI en récupère le discrédit. Faire des déclarations fracassantes dans les médias, délaisser la réflexion prospective pour se caler sur l’agenda du gouvernement, faire de la tambouille électorale avec les caciques en perdition de feu le PS : cela détourne les électeurs des bureaux de vote.

 

Les remontées du terrain sont très inquiétantes car elles montrent un profond désarroi. Le malaise est palpable. Les militants sont partagés entre le légitimisme résigné – « il n’y aucune autre offre de gauche crédible, alors je continue même si je n’y crois plus » – et la défection pure et simple. FI n’est plus un mouvement « gazeux » mais anomique. Les militant.e.s se sentent isolé.e.s, impuissant.e.s, cantonné.e.s à la mise en œuvre de directives nationales qu’elles ou ils désapprouvent parfois, sur fond de passages en boucle dans les médias des images catastrophiques des perquisitions.

 

L’appel « Préservons l’avenir en commun » n’a qu’un objectif, renouer avec ce qui a fait le succès de l’année électorale 2017 : le programme, rien que le programme, tout le programme ; le fond plutôt que la forme ; la réflexion et l’action. Ou plutôt, l’action par et pour la réflexion. Tous les militant.e.s qui nous écrivent ou que nous rencontrons dans les régions sont profondément attachés et fiers de LAEC. C’est souvent ce qui les conduit à rester, malgré tout.

 

Il ne saurait donc être question d’attendre 2021 pour rouvrir le programme, avec comme danger son affadissement pour complaire à ceux que Jean-Luc Mélenchon célébrait, lors des amFis d’été 2018, comme « sa famille intellectuelle et de cœur », à savoir la gauche du PS. Au passage, quelle expression de mépris pour celles et ceux qui ont œuvré au succès du candidat Mélenchon en 2012 et 2018. Celui-là n’avait alors pas de mots assez durs pour les professionnels de la politique socialistes et leurs trahisons répétées. Pourtant, ceux qui torpillaient la campagne de FI en 2017 sont désormais célébrés… pendant que sont exclus les soutiens de la première heure.

 

« Préservons l’Avenir en Commun » se refuse à considérer le programme comme un totem. Une pensée vivante est une pensée en mouvement qui s’alimente de la réflexion commune des intellectuel.le.s et des militant.e.s. Il ne faut pas opposer la réflexion et l’action politique. Réfléchir c’est agir, agir c’est réfléchir aussi. Produire des idées construit du commun, du collectif. « Préservons l’Avenir en Commun » ambitionne de construire un réseau large de militant.e.s et de sympathisant.e.s qui veulent contribuer activement à l’enrichissement de LAEC.

 

A cette fin, plusieurs initiatives sont en cours de préparation. Une grande manifestation publique qui permettra de montrer combien une telle démarche est porteuse d’idées nouvelles et d’enthousiasme militant. Des évènements seront organisés dans les mois qui viennent dans chaque région autour de thématiques spécifiques : féminisme, Europe, démocratie locale, etc.

 

Surtout, une consultation des abonné.e.s du site « Préservons l’Avenir en Commun » va être organisée autour de la question : « Qu’attendez-vous de LAEC ? ». Chacun.e. pourra, à égalité, verser au pot commun ses idées de thèmes et de pistes d’action. Il ne s’agit certainement pas de faire une consultation de façade qui sert de caution à un contenu arrêté en conclave. Non, nous souhaitons, à partir de toutes ces contributions, écrire et publier, sous forme de livre, un LAEC 2.0 qui prolonge, enrichit et amende le programme LAEC de 2017.

 

LAEC n’est pas une Vérité Révélée par quelques prophètes et diffusée par quelques disciples. Il est le résultat d’un travail en commun auquel chaque militant.e apporte sa pierre à parts égales. Il est une pensée en mouvement et une mise en mouvement de la société par la pensée. Telle était l’ambition initiale de FI, abandonnée en cours de route au profit des pratiques politiques du « Vieux Monde ». Nous voulons, au contraire, continuer à porter haut cette ambition.

Qu’attendez-vous de l’AEC ? 

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